Etudiant, en médecine, à Paris
Article tagué stage
Dans lequel je parle de mes stages
15/04/09
A quoi sert un blog si on y écrit pas ? Erf !
(Pourtant, c’est pas comme si l’an dernier je ne me répétais pas à tue tête, « l’an prochain, j’aurais le temps ! »)
Pour meubler, je vais donc parler de mes stages.
Situons : En P2, trois stages de sémiologie (l’étude des signes cliniques) se déroulent pendant l’année, à partir du deuxième semestre quand on commence à étudier les systèmes et donc à avoir les bases de la médecine. Il y a deux plages horaires de stage durant la semaine, de 10h à 12h le mardi et jeudi matin ; le premier stage est un stage de sémiologie générale et dure 4 semaines, les deux autres sont des stages dans des services spécialisés et durent deux semaines (soit 4x2h…8h! gerps).
Pour parler de mon cas, je viens de commencer mon deuxième stage en urologie à Necker qui mêle consultations et chirurgie. Du coup, jeudi dernier j’étais au bloc sur une petite « nephrectomie », ou plutôt une tumorectomie sur rein droit, et mon CCA (chef de clinique assistant) m’a autorisé à m’habiller en stérile et donc à voir de près l’opération. Même si, forcément, on y voit pas grand chose du fait de la « petite » incision (qui était tout de même énorme, hein
) vu que les chirurgiens doivent bien faire leur boulot et ils bloquent donc le champ de vision..
C’était la deuxième fois que je me suis habillé en stérile, c’est à dire avec lavage chirurgicale des mains (comme on le voit si bien dans les séries américaines…) et port de la casaque, de gants stériles, etc.
La première fois étant l’été avant ma P1 dans l’hôpital de mon oncle à Salinas, California (je ne me la pête pas du tout). La seule différence que j’ai remarqué, c’est qu’aux US of A l’infirmière du bloc te tend les gants et t’as plus qu’à glisser tes mains dedans (facile, quoi, comme dans Grey’s !) alors que là, tu fous des gants toi-même. Tout en espérant ne pas faire de connerie et bien garder les gants stériles stériles, en évitant de toucher les bouts non repliés et en essayant de garder les mains au niveau de l’abdomen (ni trop haut, ni trop bas, pour éviter encore une fois de les déstériliser). C’est pas chose facile.
Surtout quand l’infirmière de bloc te regarde d’un mauvaise œil parce que t’as du mal et que c’est déjà la deuxième paire que t’utilises. Grmbl.
Cela dit, le reste du bloc s’est bien déroulé, j’ai même pu aidé en tenant des écarteurs donc j’étais bien content. Bien sûr à côté j’ai rien appris côté sémio, mais c’était intéressant tout de même. Côté pratique, j’ai appris que porter des lunettes au bloc c’est super galère : outre la peur qu’ils glissent du nez (tiens, ce serait con que ça arrive alors qu’on est juste au dessus de la cavité…), le port du masque provoque de la buée sur les lunettes à chaque expiration…. Après ça, y a peut être une technique pour porter le masque sans que ça arrive, mais faut encore qu’on me montre comment faire !
Après, le bloc c’est quand même des heures à passer debout et avec un environnement stérile. C’était la crise quand on a une vilaine démangeaison sur le bout du nez. (Peux pas gratter… Peux pas gratter… on reste calme, ça va passer…)
Là encore, j’ai passé 2h30 au bloc, mais quand on pense que certaines opérations durent 8h… sans manger, sans boire, sans rien, passé debout, on se demande comment ils font.
***
Pour mon premier stage, j’étais aux Urgences à l’HEGP, mais c’était pas forcément très vivant. C’est pas du tout comme dans les séries (tiens, mais c’est récurrent cette comparaison avec les séries j’ai l’impressions…?!??) où tous les trois épisodes une mère arrive toute seule, bien ensanglantée et en criant à l’aide.
Non, c’est beaucoup plus calme (et vous le savez déjà, si vous êtes déjà passé aux urgences..), surtout entre 10h et 12h.
Par contre, comme stage de sémio générale, c’est super : on y voit beaucoup de pathologies différentes et on a l’occasion de faire beaucoup d’examens physiques différents. Les patients sont éveillés donc on peut mener l’interrogatoire (pas comme dans les services de réanimation…), et de la nature même du service on peut trouver des pathologies du cœur jusqu’au cancer de la prostate. (Ah oui, faut bien que je case le cancer de la prostate que j’ai vu et le toucher rectal que j’ai eu l’occasion de pratiquer.. mmmh, anyone else ?).
Encore mieux : mon CCA était adorable tout comme mes externes, tous en 6ème année. Il y a eu un roulement d’externes pendant mon stage, mais les premiers m’expliquaient beaucoup les différentes pathologies et les étiologies (l’étude des causes) associées, autour d’un café qu’ils me payaient même…
Et j’avais souvent un externe à moi tout seul, voire deux.
Bref : le pied, sachant que dans d’autres services (et sûrement dans leuquel je suis actuellement) ils sont 15 P2 à suivre un médecin et à faire le tour des patients.
Au moins, on était au grand maximum 5 par patients et j’estime que c’est déjà beaucoup quand on est plus de 3. Ca doit être l’horreur de voir 15 étudiants qui ne savent rien (parce qu’on ne sait rien) débarquer dans sa chambre…
Après, une autre chose que j’ai remarqué, c’est que bien souvent quand les médecins se tournent vers nous, pauvres P2 avides de connaissance, le patient est complètement délaissé, voire ignoré par le médecin alors qu’il se trouve à 30cm de nous. C’est très dérangeant d’entendre parler le médecin du patient à la troisième personne comme s’il n’était pas là, mais en même temps, on peut rien dire à notre aîné et aller à l’encontre de la hierarchie…
Quand il y a deux jours, j’ai regardé un autre épisode de ‘L’école de médecine’, une des choses qui m’a marqué c’est lorsque les externes parlent entre eux et discute du passage « Moi du côté des patients » à « Moi du côté des médecins ». C’est vrai, il y a cette séparation entre les deux, entre le patient qui ne comprend pas le dysfonctionnement de son corps, et le médecin qui a la connaissance, la science pour soigner les maux. Et donc l’une des choses à faire gaffe, c’est d’agrandir cette incompréhension entre les deux partis, surtout celui du patient envers le médecin. Et c’est quelque chose que je remarque, maintenant, parce que je ne comprends pas encore tout et je n’ai pas toutes les connaissances pour comprendre. Du coup, je m’identifie au patient et la relation n’en est que meilleure. Après tout, c’est aussi pour ça que généralement les gens aiment bien se confier aux plus jeunes personnes de l’échelon médical. C’est parce que les deux cherchent à se comprendre, non ? Et que les séniors sont beaucoup plus détachés, beaucoup moins…sympathiques ?
Moi, j’ai peur de passer « Du côté des médecins » et, au fur et à mesure des années, de m’éloigner des patients, de ne pas les mettre en confiance dans la relation. De perdre cette qualité humaine d’échanges, et de considérer le patient comme un simple objet cassé. Et d’affirmer ce fossé entre l’équipe médicale et le patient confus.
Ouaip.
Mais sinon, très bons stages